🔴Femmes au travail : parcours, inégalités structurelles et engagement — témoignage de Claire, orthophoniste et militante syndicale FO
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- il y a 13 heures
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Claire, orthophoniste de formation, est aujourd’hui secrétaire adjointe syndicale, élue CSE et F3SCT, membre de bureaux syndicaux et détachée à temps plein pour activité syndicale. Son témoignage met en lumière les réalités professionnelles d’un métier très féminisé, les enjeux d’égalité et l’importance du collectif.
Comment décrirais tu ton parcours professionnel et ton évolution ?
"J’ai une formation initiale dans un métier quasi exclusivement exercé par des femmes. Après plusieurs années en libéral, je me suis tournée vers la fonction publique hospitalière, où j’exerce depuis 28 ans dans différentes structures et spécialités.
Les hommes, peu nombreux dans la profession, occupent proportionnellement davantage de postes à responsabilité et exercent rarement en fonction publique.
J’ai pu changer assez facilement de structure et de quotité de travail, mon métier étant devenu très recherché, surtout à l’hôpital. Pourtant, la rémunération n’a jamais été alignée sur l’évolution du niveau de formation : nous sommes toujours payées sur une grille correspondant à bac +2, alors que la formation est passée à bac +4 puis bac +5. L’écart salarial est donc important.
La profession, composée d’un petit effectif très féminisé, n’a jamais réussi à peser suffisamment pour obtenir une revalorisation, contrairement à d’autres métiers de santé dont les grilles ont été adaptées à leur niveau d’études réel."
La maternité ou les congés parentaux ont-ils eu un impact sur ta carrière ?
J’ai eu trois enfants. Pour ma première fille, je travaillais en libéral et j’ai repris rapidement à temps plein faute de place en crèche, avec l’aide de ma famille. Pour les deux suivants, en fonction publique, j’ai pu reprendre à temps partiel puis augmenter progressivement mon activité.
Je n’ai pas rencontré de difficulté pour accéder au temps partiel ni pour revenir ensuite à temps plein. Comme je n’ai jamais souhaité devenir cadre, mes maternités ne m’ont pas semblé freiner ma carrière.
En revanche, avec les réformes successives des retraites, la situation prend une autre dimension : chaque période de maternité ou de temps partiel parental aura un impact sur mes trimestres validés, mon âge de départ et le montant de ma pension. Cela me paraît aujourd’hui injuste et discriminant.
Ton activité professionnelle a-t-elle déjà eu des conséquences sur ta santé ou ton équilibre ?
Oui. Avant le Covid, je travaillais principalement en pédopsychiatrie, un domaine psychiquement et relationnellement exigeant, marqué par une dégradation importante des moyens et une inadéquation persistante avec les besoins.
J’ai traversé une période difficile à la fois sur le plan professionnel et personnel, qui m’a conduite à m’arrêter plusieurs mois. La crise sanitaire est arrivée à ce moment-là et a encore aggravé la situation. Mon employeur n’a proposé aucune aide.
C’est grâce aux liens tissés en réunions intersyndicales que j’ai pu reprendre le travail et retrouver un collectif soutenant.
As-tu rencontré des freins pour accéder à des postes à responsabilité ?
Non, car je n’ai pas souhaité accéder à des fonctions d’encadrement.
As-tu déjà été confrontée à des discriminations ou des violences au travail ?
Oui. J’ai été confrontée pendant une courte période à du harcèlement sexuel dans un milieu syndical que j’ai quitté avant de rejoindre FO. J’ai dû gérer cette situation seule.
Qu’est-ce qui t’a amenée à t’engager syndicalement ?
J’ai rejoint FO grâce à des liens noués avec des militants que j’avais rencontrés. J’y ai découvert un collectif solidaire, composé de personnalités diverses, animé par un engagement fort pour défendre les droits des professionnels et aider les agents hospitaliers.
Depuis que je suis détachée à temps plein, je découvre un nouveau métier : j’apprends chaque jour, je me forme, c’est une véritable reconversion pendant la durée du mandat. J’apprécie analyser des situations, construire des argumentaires, comprendre des textes juridiques, rédiger des documents. C’est un travail très enrichissant, qui a beaucoup de sens, parce qu’il vise à améliorer concrètement la vie des personnes que nous accompagnons et à porter des valeurs de progrès et d’émancipation sociale.
À travers mon parcours, je constate que les inégalités professionnelles ne sont pas toujours visibles immédiatement. Elles peuvent être structurelles, liées aux grilles salariales, aux politiques publiques ou aux parcours de vie. C’est pour cela que l’action collective reste essentielle pour faire évoluer durablement les droits et les conditions de travail.

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