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Interview de Frédéric Souillot, secrétaire général de FO : « Notre protection sociale collective contribue à la cohésion sociale de la République »



F.Souillot

Quel est le danger pour le paritarisme des attaques menées par le gouvernement ?


Frédéric Souillot : Le danger c’est l’attaque de notre protection sociale collective qui contribue au titre de l’égalité et de la solidarité, à la cohésion sociale de la République. Le plus dangereux serait la fin du salaire différé, des cotisations salariales et patronales, remplacées par l’impôt qui reposerait principalement sur la classe moyenne. Aller vers ce libéralisme à l’anglo-saxonne, déclarer la fin du paritarisme, ce serait un jeu politique dangereux. La protection sociale serait très, trop généreuse ? Mais ce sont les travailleurs qui chacun tous les mois contribuent à la protection sociale ! En éditant le guide FO du bulletin de salaire (un guide pour la fonction publique est en préparation), nous avons voulu expliquer aux salariés le rôle des cotisations, le fait qu’ils cotisent en fonction de leurs revenus et que ce qu’ils obtiennent en retour est en fonction de leurs besoins. Ce qui est inadmissible, ce sont les aides publiques aux entreprises, sans aucune conditionnalité.


La réforme de l’Assurance chômage, est-ce une double attaque ? Celle du paritarisme et des plus fragiles ?


F. S. Le gouvernement essaye de faire d’une pierre deux coup. Sa « première priorité » est budgétaire, relève des finances publiques. Il tente de prendre de l’argent dans des organismes paritaires bien gérés. Il cherche aussi la manière de donner à l’État la main sur notre protection sociale collective. Aujourd’hui l’exécutif voudrait faire payer les travailleurs, leur présentant, et à eux seuls, la facture du « quoi qu’il en coûte », sans lequel dit-il « vous auriez perdu votre emploi ». Or, concernant l’Assurance chômage, ce qui rend d’autant plus paradoxale la réforme annoncée c’est que l’on sait qu’aucune réforme de l’Assurance chômage n’a créé des emplois. Le gouvernement fait juste de la Com’ sur le plein emploi et la création de 90 000 emplois supplémentaires. Prendre les choses par le bon bout consisterait plutôt à garder les salariés séniors en entreprises et non de créer un « bonus » séniors, pour reprendre ceux qui en sont sortis, et sont au chômage ! Ce bonus revient à une Smicardisation supplémentaire alors que le Premier ministre avait prôné la « déSmicardisation ». Et c’est le collectif qui prendrait en charge une partie des salaires, alors que, normalement, c’est aux entreprises de payer les travailleurs ! On nous cite les chiffres allemands du chômage ? Mais en Allemagne, le taux d’emploi des séniors est de 73% quand en France il est de 56%. C’est d’abord ça qu’il faut régler. Nous venons, à FO, par une circulaire, de rappeler les vrais chiffres du chômage. Au 4e trimestre 2023, seuls 43,5% des demandeurs d’emplois étaient indemnisés par l’Assurance chômage. Et l’indemnisation moyenne nette est de 1022 euros. Par ailleurs, les demandeurs d’emplois n’utilisent pas la totalité de leurs droits à indemnisation, mais, en moyenne 56%, retrouvant un emploi avant la fin de la période.


Le patronat est-il sensible à la défense du paritarisme ?


F. S. Les organisations patronales et nous, organisations syndicales, avons décidé conjointement de mettre le projecteur sur le paritarisme. C’est une période charnière, une période d’attaques. La discussion sur la défense du paritarisme, de négociation et de gestion, a donc lieu. Et il y a accord sur le sujet. J’étais juste élu secrétaire général quand nous avons signé l’ANI sur le paritarisme qui affirme le besoin et la nécessité que celui-ci existe dans la République. Le patronat -que nous avons d’ailleurs rencontré le 3 juin à la confédération pour une réunion à laquelle ont participé aussi des organisations syndicales- a prouvé qu’il est sensible au paritarisme. Ainsi, par sa signature sur l’Agirc/Arrco. Nous avions trouvé un accord. Même chose sur l’Assurance chômage ! On a signé en novembre dernier une convention, les trois organisations patronales et trois organisations syndicales représentatives. Or, l’État n’a pas voulu son application. Concernant la prochaine réforme de l’assurance chômage, FO a dit qu’elle attaquerait tous les décrets relatifs à la réforme devant le conseil d’État. En 2019, la précédente réforme, on l’a attaquée devant le conseil d’État. Et pendant deux ans, donc avec les allers et retour devant le conseil d’État lequel a demandé des modifications au titre de l’égalité et de la solidarité, la réforme a été retardée. Elle n’a pu être appliquée qu’en 2021, et seulement après avoir prise en considération ce que disait le conseil d’État.


Voit-on des signes d’intérêts à l’égard du paritarisme au-delà des interlocuteurs sociaux ?


F. S. Le 11 juin, nous participerons dans le cadre des 4e Assises du social à Paris à une journée de débats, avec des tables rondes, sur le thème du modèle social. Nous participerons aussi bien sûr ce même jour à la conférence de presse que nous avons décidée avec quatre autres organisations syndicales et en présence d’économistes notamment. L’objectif est de faire savoir pourquoi nous sommes contre la réforme de l’Assurance chômage. Le 13 juin, l’Assemblée examinera la proposition de loi de Liot (dévoilée le 21 mai, en présence des syndicats représentatifs dont FO, Ndlr) sur l’Assurance chômage. Elle demande l’arrêt des lettres de cadrage au profit d’une lettre d’orientation, discutée par le Parlement. Elle demande aussi qu’un accord entre patronat et syndicats fasse l’objet d’une prescription loyale et totale de l’accord. Le 18 juin nous serons aux Rencontres internationales du dialogue social à l’institut du Travail sur le thème « peut-on réformer sans passer par la case du dialogue social ? ». Je participerai à la table ronde « nouvelles attentes des salariés et place des syndicats ». Avec d’autres organisations syndicales représentatives et les organisations patronales, nous participerons aussi le 27 juin au Sénat à un colloque -demandé notamment par FO- sur le paritarisme, sur son fonctionnement et les moyens à envisager pour renforcer son autonomie et son efficacité. Par ailleurs, le 29 mai, nous avons participé (Patricia Drevon et moi) à une audition/table ronde à l’Assemblée sur le thème « protéger le modèle d’assurance chômage et soutenir l’emploi des séniors ».


Propos recueillis par Valérie Forgeront.


Journaliste à L’inFO militante

Le bimensuel de la Confédération

 
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